Entre acceptation et refus, l’accueil de la maladie

Entre acceptation et refus, l’accueil de la maladie
Paru le 12 septembre 2017 dans La Croix
Danielle Moyse
Est-ce le refus ou l’acceptation d’une maladie ou d’un handicap qui permet de l’affronter
avec le plus de bonheur ? Par ces mots, je ne demande pas si ces situations font éprouver un
sentiment de réjouissance, mais quel est le moyen de prendre les choses au mieux. Dans les
faits, elles ne se posent certes pas exactement en ces termes. Malades ou accidentés ne
choisissent généralement pas telle ou telle attitude. La manière d’être initiale, face à une
situation difficile, est, la plupart du temps, un raidissement réflexe. Bien des diagnostics
médicaux sont ainsi frappés de suspicion par ceux qui les reçoivent. Il y a un incroyable, voire
un impossible, de la maladie ou du handicap, comme de la mort.
Le 19 mai 2017, Nicole Bordeleau vint témoigner, lors d’une journée à la salle Pleyel
consacrée à « la santé du corps et de l’esprit », du chemin qui la mena à se libérer de son emprise
à la cocaïne et à guérir de l’hépatite C, alors contractée. L’annonce de cette affection ne laissa
d’abord dans son esprit qu’une question: « Pourquoi ? », suivie de : « Pourquoi maintenant ? ».
Le diagnostic funeste lui fut en effet assené à un moment où elle était guérie de sa dépendance.
Souvent, le malade oscille donc d’abord entre déni, refus et révolte.
Camus donne de fait à celle-ci une réelle puissance d’affirmation: « À l’instant où
l’esclave rejette l’ordre humiliant que lui donne son supérieur, il rejette l’état d’esclave lui
même » (L’homme révolté). De même, ceux qui se révoltent contre l’hypothèse qu’ils ne
retrouveront pas toutes leurs facultés ne rejettent pas seulement le handicap ou la maladie, mais
la réduction de leur personne à ces états, voire à ces manques. Refuser d’être « malade » ou
« handicapé », c’est affirmer l’intégrité de sa personne, au-delà de toute assignation à catégorie
médicale !
Pourtant, lors de son témoignage, N. Bordeleau raconta que quelque chose avait basculé
quand, voyant que le « pourquoi » était une impasse, elle avait commencé à se demander :
« Comment ? ». Comment allait-elle faire pour travailler, payer ses traites, etc..? C’était un
premier pas, mais il lui fallait aller plus loin. Car Nicole avait mis sa vie en suspens, la rejetant
à la période incertaine de sa guérison, jusqu’au moment où elle fut frappée par cette évidence,
qui devait constituer le titre magnifique du livre qui a eu grand succès au Québec, dont elle est
originaire : Vivre, c’est guérir ! (Éd. de l’homme). Vivre, non pas quand on se sera débarrassé
d’un problème, mais avec celui-ci, dans l’affrontement de celui-ci.
La philosophe Anne-lyse Chabert se demande de même, à partir de son expérience
personnelle d’une maladie neurologique invalidante : Comment transformer le handicap ?
(Érès). Comme je lui demandais s’il lui semblait plus efficace de le refuser ou de l’accepter,
elle me répondit : « Il me semble qu’il ne s’agit pas vraiment d’accepter ou de refuser la
maladie, mais de l’accueillir, d’accepter de se mettre en rapport avec ce qui est… Pour avancer
aussi en affrontant, car sinon, c’est un verrou indébloquable ! »
La véritable question est donc la suivante : Comment réintroduire du mouvement dans
une vie soudain brisée dans son élan ?